Justice pour les Kurdes

La campagne Justice pour les kurdes (#DelistPKK), lancée en 2021, vise au retrait du PKK de la liste des organisations terroristes et à la décriminalisation des activités des Kurdes et de leurs soutiens dans le cadre de leur lutte de libération.
La qualification de « terroriste » attribuée au PKK, au-delà d’être infondée juridiquement et politiquement, est utilisée par la Turquie pour justifier l’emprisonnement de milliers de personnes et développer une politique autoritaire et martiale.

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La campagne

en pratique

« Justice pour les Kurdes » est une initiative internationale qui attire l’attention sur l’oppression et la criminalisation systématiques des Kurdes et de leur mouvement de libération.

Le 5 novembre 2021, 29 personnalités ont lancé la première phase de cette initiative lors d’un appel : « dans l’intérêt de la paix, de la démocratie et des droits de l’homme, nous demandons au Conseil de l’Union européenne de retirer le PKK de la liste des organisations terroristes. »

Dans la deuxième étape de l’initiative, le 13 décembre, un millier de personnalités publiques internationales ont répondu à l’appel et soutenu la demande « retirer le PKK de la liste des organisations terroristes de l’UE. » Parmi elles figuraient des député-e-s, des sénateurs et sénatrices, des dirigeant-e-s de partis et des maires, des dirigeant-e-s et des représentant-e-s syndicaux, des universitaires, des journalistes et des avocats, des dirigeant-e-s et des représentant-e-s d’organisations de défense des droits de l’homme, des droits des femmes et de la paix, des artistes, des prêtres et des écologistes.

L’objectif de la troisième étape est de rassembler des millions de signatures pour cette campagne en 2022 via les formulaires papier (contacter Serhildan pour la transmission des formulaires remplis) ou la signature de la pétition en ligne.

L’initiative est aussi relayée depuis Marseille avec la campagne « La lutte kurde n’est pas un crime ».

 

 

Matériel

Appel de la campagne

Dans l’intérêt de la paix, de la démocratie et des droits humains, nous demandons au Conseil de l’Union européenne de retirer le PKK de la liste des organisations terroristes.

Une solution pacifique à la question kurde est une condition préalable à l’établissement d’une démocratie saine et stable en Turquie et plus généralement au Moyen-Orient. La Turquie, où vit une importante minorité kurde, ne pourra parvenir à cette solution pacifique que par la voie des négociations.

Celles-ci doivent impliquer toutes les parties, y compris le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). L’inscription du PKK sur la liste des organisations terroristes constitue toutefois un obstacle sur le chemin de la paix.

Il existe de puissants arguments, notamment juridiques, militant en faveur du retrait du PKK de cette liste. Le mouvement kurde a été inscrit sur la liste européenne en 2002 à la demande de la Turquie, membre de l’OTAN. La plus haute juridiction de l’UE, la Cour de justice de Luxembourg, a jugé en 2018 que le PKK avait été injustement inscrit sur la liste des organisations terroristes entre 2014 et 2017. Outre les erreurs de procédure, le jugement fait référence à l’appel à la paix lancé par Abdullah Öcalan en 2013. La justice belge est allée plus loin encore en rejetant la qualification terroriste: dans une décision rendue en 2020, les juges de Bruxelles ont estimé que le PKK ne pouvait juridiquement être considéré comme une organisation terroriste dans la mesure où il est partie à un conflit armé non international, ce qui entraîne l’application du droit de la guerre et non de la législation interne.

Par ailleurs, la nouvelle situation du PKK au Moyen-Orient n’a pas été prise en compte dans l’inscription. Ni le processus de négociation entre le PKK et le gouvernement turc entre 2013- 2015, ni le nouveau rôle des Kurdes au Moyen-Orient n’ont été pris en considération. Lorsque l’État islamique (EI) a commencé à envahir de larges pans de territoires en Irak et en Syrie, après avoir proclamé son « califat » à l’été 2014, l’État turc lui a fourni une assistance, notamment en attaquant les zones kurdes, tandis que le PKK a joué un rôle décisif dans la lutte contre l’organisation djihadiste. La montée en puissance de l’EI et d’autres groupes de mercenaires a modifié les priorités au Moyen-Orient. Le combat du PKK contre l’EI a grandement renforcé la lutte contre le terrorisme en Irak et en Syrie. Le PKK a contribué à défendre et à libérer des zones telles que Makhmour, Sinjar et Kirkuk en Irak, ainsi que Kobanê et d’autres zones dans le nord de la Syrie. En août 2014, il a joué un rôle déterminant dans l’établissement d’un corridor humanitaire afin de secourir des dizaines de milliers de Yézidis piégés sur le mont Sinjar après l’invasion de la région par l’EI.

Dans toute l’histoire kurde, aucun mouvement n’a réussi à mobiliser des millions de Kurdes pour leur droit à l’autodétermination comme l’a fait le PKK. On peut dire indéniablement que le PKK est le mouvement de masse le plus puissant parmi les Kurdes du Moyen-Orient et de la diaspora. C’est également le PKK qui promeut et soutient la liberté des femmes en tant que dynamique stratégique de la démocratie sociétale au Moyen-Orient.

Dans le cadre de la guerre mondiale contre le terrorisme, les États ont utilisé la qualification « terroriste » comme une arme politique pour délégitimer l’opposition et réprimer les efforts en faveur des droits humains et de la liberté. Ainsi, l’inscription du PKK sur la liste a été utilisée par la Turquie pour justifier les attaques contre les Kurdes partout dans le monde – des pratiques discriminatoires aux offensives militaires. Elle a permis de restreindre la liberté d’expression et de supprimer les libertés civiles ; elle a conduit à l’interdiction des partis politiques d’opposition, des journaux, des chaînes de télévision, etc. Des dirigeants politiques, des représentants parlementaires, des maires élus, des journalistes critiques ont été accusés d’association avec le terrorisme et emprisonnés. Cette qualification terroriste a fait passer sous silence des inégalités endémiques et empêché de s’attaquer aux problèmes sociaux ; elle a été utilisée comme motif de guerre. L’Union européenne est ainsi utilisée pour cautionner les attaques des régimes autoritaires.

Au nom de la paix, de la liberté, de la démocratie, de la stabilité et des droits humains, nous demandons la radiation immédiate du PKK de la liste des organisations terroristes.