Début novembre s’est ouvert à Paris le procès contre Lafarge-Holcim, numéro un mondial du ciment, et sa filiale Lafarge Cement Syria. C’est la première fois qu’une personne morale (SA Lafarge) et entreprise membre du CAC40 est mise en cause pour financement du terrorisme. Ce procès historique fait suite à une plainte pénale déposée par d’ancien·nes travailleur·euses de l’usine ainsi que par les organisations ECCHR1 et Sherpa2 en novembre 2016, et qui accusent Lafarge d’avoir conclu des arrangements avec l’Etat Islamique et plusieurs autres groupes armés afin de maintenir en activité son usine de ciment à Jalabiya, près de Kobane, entre 2012 et 2014. Dans un deuxième volet de ce dossier, le groupe industriel est également mis en examen pour complicité de crimes contre l’humanité.
L’enquête judiciaire a déterminé que la valeur financière des arrangements entre Lafarge et l’État islamique (et d’autres groupes armés) s’élevait à au moins 13 millions d’euros. Cette somme monumentale, qui a été le passe droit pour que l’usine de Jalabiya continue son activité, rend évidemment Lafarge complice des crimes perpétrés par l’État Islamique (EI) contre les populations locales (notamment kurdes et arabes).
De plus, en voulant défendre ses intérêt financiers coûte que coûte, le groupe à décidé de maintenir son activité dans l’usine de Jalabiya, Lafarge a aussi directement mis en danger la vie de ses employé·es en les contraignant pour certain·es à continuer à travailler malgré l’avancée de l’état islamique dans la région.
Dans ce processus mafieux qui implique un géant industriel et des djihadistes, certain·es salarié·es de l’usine ont été licencié·es car leur origine ou leur confession religieuse les mettait à risque, d’autres ont été contraint·es à continuer de travailler dans des conditions de mise en danger évidentes. Peu de temps après cela, en 2015, la France et la Belgique faisaient face à des attaques terroristes perpétrées par ces mêmes groupes islamistes financés par Lafarge. Cette magouille du grand capital est honteuse et les conséquences pour les habitant·es de la région se font encore ressentir aujourd’hui. À l’heure où commence ce procès, les forces démocratiques syriennes (FDS) continuent de se battre contre des cellules dormantes de l’EI : rien que le mois dernier, 80 combattants de Daech ont été arrêtés en Syrie.
Si c’est la lutte contre Daech qui a fait connaitre la région dans le monde entier, elle abrite aussi une expérience révolutionnaire tournée vers la démocratie directe, la libération des femmes et l’écologie sociale. Fruit du travail mené depuis des décennies par différentes organisations révolutionnaires, la révolution du Rojava a fleuri pendant le printemps arabe en 2012. C’est un processus encore en cours aujourd’hui qui implique la population de chaque quartier dans l’organisation de la société sous le nom d’Administration Autonome du Nord et de l’Est de la Syrie. Ses communes sont la base démocratique de son organisation multi ethnique et existent en parallèle de nombreux comités thématiques, de structures autonomes de femmes ainsi que de coopératives. Le fait même que cette révolution n’ait pas été écrasée ni récupérée par un gouvernement national montre qu’il s’agit d’une expérience majeure pour tous les mouvements qui luttent pour l’émancipation de la société.
Les forces d’auto-défense qui ont permis jusqu’à aujourd’hui de protéger cette révolution ont des facettes multiples et l’autodéfense armée n’en est qu’une partie. L’éducation est un des aspects clé de l’autodéfense : apprendre à reconnaitre les dangers et la réalité de la guerre pour mieux y faire face. Cela inclut la guerre médiatique, psychologique et les tentatives de détruire le mouvement depuis l’intérieur. La défense de la révolution du Rojava n’a pas de frontières car c’est une lutte contre la tyrannie des forces hégémoniques partout dans le monde. L’internationalisme joue également un rôle important, notamment grâce aux actions visant les bases arrières de la guerre qui se trouvent en Occident. C’est dans nos villes d’Europe de l’ouest que les grands décisionnaires des groupes comme Lafarge – Holcim font des choix qui impactent nos camarades de l’autre côté de la Méditerranée. Même si l’usine Lafarge de Jalabiya a été libérée entre temps, les nombreuses actions de désarmement organisées en France, en Belgique et en Suisse font écho aux luttes menées au Rojava. Car quand de vastes alliances de collectifs paysans, écologistes et de sections syndicales s’unissent dans des mobilisations de masse contre le monde du béton, ça fait trembler l’association de malfaiteurs qu’est Lafarge. Ces actions donnent aussi un souffle aux camarades qui luttent au Rojava pour construire une société en harmonie avec la nature. En retour, la révolution du Rojava permet d’ouvrir de nouvelles perspectives et de raviver l’espoir des mouvements de lutte dans nos régions.

On vous propose donc une série d’articles à paraître qui donneront la parole aux habitant·es du Nord-Est de la Syrie et exploreront différents aspects de la révolution du Rojava en lien avec les luttes écologiques. On y abordera notamment l’organisation et le rôle des comités d’écologies, les enjeux écologiques de la reconstruction de la ville de Raqqa ou encore la création de Jinwar, un village de femmes entièrement conçu avec des matériaux naturels.
Contre le monde du béton : la révolution !
Du Kurdistan à l’Europe : internationalisme !
Bijî Rojava
Le réseau Serhildan
Notes :
1 ECCHR (European Centre for Constitutional and Human Rights) est une organisation juridique et éducative indépendante à but non lucratif qui se consacre à la défense des droits civils et humains dans le monde entier.
2 Sherpa est une association d’avocat·e·s et de juristes, qui utilisent le droit comme outil pour lutter contre l’impunité lié à la mondialisation des échanges économiques et financiers, et défendre les victimes de crimes économiques.
Sources :
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Basta Média : « On a été abandonnés par l’entreprise » : les témoignages des salariés syriens, oubliés du procès Lafarge. Écrit par Angéline Desdevises et Chloé Troadec
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Contre-attaque.net : Procès Lafarge : qui sont les vrai écoterroristes ?
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Kurdistan au féminin.fr : La révolution du Rojava – Une décennie après (Partie I)
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Médiapart.fr : Affaire Lafarge : le procès inédit de la multinationale qui finançait l’État islamique s’ouvre à Paris
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Sherpa.org : Lafarge en Syrie : ouverture d’un procès historique pour financement de terrorisme
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Terrestres.org : Contre Lafarge et le monde du béton